LIGUE AIKIDO NORMANDIE FFAB

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Biographie de O’Sensei : Morihei Ueshiba - 1883-1969

Morihei Ueshiba est né le 14 décembre 1883 (le 16 novembre sur le calendrier lunaire japonais) dans le village de Tanabé, près des chutes d’eaux considérées comme sacrées, et nommées « Nachi ». Tanabé est situé dans l’actuelle préfecture de Wakayama, près d’Osaka au Japon. Cette région se trouve être profondément immergée dans le mysticisme Shinto, le bouddhisme ésotérique, et les légendes du passé. Son prénom « Morihei » peut se traduire par « la grande moisson de paix ».

Son père, prénommé Yoroku Ueshiba, descend d’une lignée de samouraïs, dont le dernier ne demeure pas moins le grand-père de Morihei, Kichiemon Ueshiba, qui a transmis à son fils, Yoroku, les secrets de l’Aïoi-Ryû (« puissances associées »), qui n’est qu’un mélange de Tai-Jitsu et de Kendo. Yoroku était un fermier aisé qui possédait deux hectares de bonne terre. Il était très respecté dans la communauté locale et fut un membre très actif dans le conseil du village durant vingt ans. Sa mère, Yuki Itokama, était une descendante d’une noble famille du clan Takeda.

Seul garçon d’une famille de six enfants, il était nerveux, chétif, et très malade mais surtout très intelligent. Son père se donna beaucoup de mal pour l’aider à améliorer sa santé en l’encourageant, notamment, à fortifier son corps. Il l’initie alors, dès l’âge de 10 ans, au sumo et à la natation dite « ancienne » (c’est-à-dire avec une armure). C’était l’une des disciplines de formation des samouraïs. Son père, lui apprit également, l’art martial secret de l’Aïoi-Ryu. Il lui enseigna également le maniement du sabre et de la lance. Morihei s’ouvre aux beaux-arts grâce à sa mère car elle s’intéressait beaucoup à la peinture, la littérature, la calligraphie et la religion. Souvent solitaire, il lit avec avidité les classiques chinois, les récits et les légendes de héros, et par-dessus tout, les livres de mathématiques et de physiques. Témoin de nombreuses attaques de la part de bandits envers son père, Morihei était décidé à devenir fort. Pour cela, il travaillait notamment avec les pêcheurs sur les bateaux et participait à tous les concours de luttes.


Education


Dès l’âge de sept ans, le jeune Morihei commença son éducation par l’étude des textes bouddhistes et des grands textes classiques du confucianisme à Jizodera, un temple bouddhiste proche de la secte de Shingon. Ainsi, il subira l’influence spirituelle et psychique de son maître d’école, Nasu Tasaburo, qui deviendra par la suite une grande personnalité religieuse. Il fut diplômé par le « Yoshida Abacus Institute », ensuite il travailla, jusqu’en 1902, à l’office des taxes de Tanabé au service des revenus financiers.
 
A l’âge de dix-sept ans, Morihei quitte le cocon familial pour ouvrir une papeterie à Tokyo avec l’aide de parents fortunés. Il fonda, alors la « Ueshiba Trading Compagny » spécialisée dans la distribution de matériaux scolaires. Il en profita pour approfondir ses connaissances en arts martiaux en étudiant le soir, à l’école de Jujutsu, « Tengin Shinyo-Ryu », dirigée par Tokusaburo Tojawa Sensei, ainsi que le Kenjutsu de l’école « Shinkage Kenjutsu ».

A peine un an plus tard, Morihei retombe malade. Il a contracté la maladie du béribéri et doit quitter Tokyo pour retourner dans sa ville natale, Tanabé, afin de se soigner. Il s’astreint alors de se forger un corps neuf et solide en pratiquant les exercices physiques les plus durs. Quelques temps plus tard, il décide d’épouser Hatsu Itokawa (née en 1881), une parente éloignée qu’il connaissait depuis son enfance.


L'Armée


Tirant les enseignements de son aventure à Tokyo, Morihei se rendit compte qu’il n’était pas fait pour le commerce. Epris d’aventures, il prit la décision en 1903, de s’engager dans le corps armée, qui recrutait pour répondre aux besoins engendrés par le conflit avec la Russie. Toutefois, l’armée refusa sa demande car il était trop petit (1m56). Déçu de cette décision et voulant absolument intégrer l’armée, Morihei attacha un lourd poids à ses jambes et se suspendit à une branche d’un arbre durant des heures afin de faire allonger sa colonne vertébrale. Il se présenta, à nouveau, et l’armée l’accepta enfin. Ainsi, il fut enrôlé dans le 37ème régiment de la quatrième division d’Osaka.
 
Sa grande habileté dans les arts martiaux se révéla lors des entraînements à la baïonnette. Très vite, il se trouva être un soldat fort habile ce qui lui valut le surnom de « Dieu des soldats ». Surnom dû à cette grande habileté au maniement de la baïonnette, du Juken-Jutsu, de sa grande détermination au travail et de sa grande honnêteté.
 
En 1904, il fut envoyé au front lors de la guerre Russo-Japonaise, en Manchourie, et en ressort avec le grade de sergent. Durant cette période, Morihei eut l’occasion de continuer son étude sur les Arts Martiaux en se rendant à Sakaï près d’Osaka, au dojo Masakaku Nakaï où il y étudiait le Yagyu-Ryu-Jujutsu. Malgré sa démobilisation en 1907, il continua cet entraînement. De retour à la vie civile, Morihei continue sa quête de savoir en Arts Martiaux, en étudiant le judo avec Kiyoichi Tokagi Sensei. Il retourna également travailler dans la ferme familiale.


Hokkaïdo


Morihei avait une passion pour la politique et s’intéressa notamment à un plan gouvernemental de colonisation de l’île septentrionale d’Hokkaido pour son repeuplement. Ainsi, en mars 1912, il prend la tête de cinquante quatre familles, plus de quatre vingt personnes qu’il va conduire et installer dans une partie reculée du nord de l’île. Il y construit, de cette manière, le village de Shirataki, près de Yobetsu. Le quotidien des colons était dur. Le groupe, surnommé Kishu, se consacra essentiellement aux travaux agricoles et forestiers. Malgré les conditions de vie difficile où les hivers sont très rudes, les travaux pénibles et les mauvaises récoltes, Morihei semble s’épanouir. Ainsi, à force de travail, au bout deux ans, le groupe Kishu réussi à cultiver la menthe, élever des chevaux et des vaches, fonder une coopérative laitière, planter un bois et développer le commerce du bois de construction . Rien ne pouvait plus les arrêtés. Sous l’impulsion de Morihei, Shirataki vit naître une école, une infirmerie, une rue commerçante, et il participa activement à l’amélioration des conditions de logement. Il participa également à la vie politique locale en tant que conseiller territorial.


Sokaku Takeda Sensei


A cette même époque, un fait marqua profondément la vie de Morihei qui influncera d’une certaine façon le développement de l’Aïkido futur. Effectivement, il fit la rencontre en février 1915, dans la ville d’Engaru, l’excentrique Sokaku Takeda Sensei, maître de l’école du Daïto-Ryu-Jujutsu. Il s’était installé sur l’île d’Hokkaido qu’il parcourait régulièrement afin d’y diriger des stages de Jujutsu. Morihei n’était alors âgé de trente-deux ans et malgré ses compétences en Arts Martiaux, il n’égala pas celle de Sokaku Takeda Sensei, qui était, à cette époque, dans la force de l’âge.
 
Morihei était fasciné par le nombre, la complexité et la puissance des techniques pratiquées par Takeda. Il consacra, dès lors, beaucoup d’argent et de temps à leur apprentissage. Il ira même jusqu’à inviter Takeda chez lui afin de pouvoir bénéficier de cours particuliers. Mais, ces cours particuliers coûtent très chers et Morihei reçu une aide financière de son père. Très vite, Morihei devient le meilleur élève de Takeda. Ainsi, il reçut un diplôme d’instructions du premier degré du Daïto-Ryu en 1917. L’enseignement qui lui fut transmis comprenait plusieurs centaines de techniques sophistiquées, composées de clés, de projections et d’immobilisations. L’ensemble de ces techniques seront la base de ce qui allait devenir plus tard l’Aïkido de Maître Ueshiba. C’est à cette même époque que son premier fils, Takemori, naquit.


Onisaburo Deguchi


En novembre 1919, Morihei apprit que son père, Yoroku, est très malade. Il met fin brutalement à toutes ses activités à Shirataki, à son entraînement de Daïto-Ryu, et quitte précipitamment Hokkaido pour retourner à Tanabé auprès du chevet de son père mourant. Juste avant de partir, il a mis de l’ordre dans ses affaires en léguant tous ses biens, ses terres, sa modeste maison et ses meubles, à son maître Sokaku Takeda Sensei.

Sur le chemin de son retour à Tanabé, Morihei entendu parler par un compagnon de voyage, des extraordinaires pouvoirs de guérisons que possédait un chef religieux nommé Onisaburo Deguchi. C’est à ce moment là que Morihei décida de faire un détour pour se rendre dans la petite ville d’Ayabé, située près de Kyoto, afin de rencontrer ce chef religieux et lui demander de prier pour le rétablissement de son père.

Tout comme sa rencontre avec Sokaku Takeda Sensei, Onisaburo, personnalité charismatique de la religion Omoto-Kyo et célèbre pour son Chikon Kishin (c’est-à-dire une technique de méditation : une ascète mentale qui doit conduire à la sérénité et à se rapprocher du divin.), bouleversa également sa vie. Autant Sokaku Takeda Sensei influença Morihei par ses techniques de Jujutsu, autant qu’Onisaburo Deguchi l’influença par son idéologie et ses concepts spirituels sur la vie. Finalement, Morihei passa quelques jours à Ayabé qui était le centre spirituel de la religion Omoto, avant de repartir pour Tanabé.

Lorsque Morihei arrive enfin à Tanabé, il apprend que son père, Yoroku âgé de soixante seize ans, est déjà décidé depuis le 2 janvier (1920), soit depuis quatre jours. Morihei se trouva très peiné. Il va sur la tombe de son père pour lui rendre un dernier hommage et fit la promesse que dorénavant, il consacrera la totalité de ses forces humaines et spirituelles à pénétrer le secret de l’être et de celui du Budo.

Quelques mois plus tard, ne pouvant oublier sa rencontre avec Onisaburo Deguchi, il prit la décision d’aller vivre avec sa famille à Ayabé auprès de ce chef religieux, afin d’obtenir une vie spirituelle plus riche et de retrouver la paix intérieure en menant une vie ascète. C’est alors qu’une nouvelle vie commence pour la famille de Morihei.


Sa vie à Ayabé


Il adopte avec enthousiasme le vie simple des membres de la communauté et fit rapidement partie du cercle des proches d’Onisaburo. En effet, ce dernier fut très impressionné par les compétences martiales de Morihei et l’incita à enseigner son savoir aux adeptes de la religion Omoto-Kyo. C’est ainsi que, Morihei transforme sa maison en dojo de dix-huit tatamis et fonde l’Académie des Arts Martiaux Ueshiba, où il mit en pratique le Daïto-Ryu-Jujutsu. De cette manière, il passa huit ans de sa vie auprès d’Onisaburo Deguchi. Pendant ces huit années, il connut un grand drame : la perte de ses deux fils, Takemori âgé de trois ans et, Kunihoru âgé d’un an, suite à des maladies infantiles. En 1921, son épouse, Hatsu, lui donne un nouveau fils : kisshomaru.

L’Académie que Morihei avait ouverte commença à être connue au bout d’un an et très vite, le bruit couru qu’il y avait un grand maître en Arts Martiaux. Il eu une telle renommée que, outre les adeptes de la secte d’Omoto-Kyo, qui étaient de plus en plus nombreux, des soldats de la base navale de Maizuru vinrent y suivre son enseignement.

Toutefois, le 11 février 1921, les autorités décidèrent de fermer la secte d’Omoto-Kyo et arrêtèrent Onisaburo Deguchi. Mais, ce malheureux incident n’aura aucun effet sur l’Académie de Morihei. Par la suite, Morihei tenta d’aider Onisaburo, qui fut libéré sous caution, à reconstruire l’Omoto-Kyo durant deux années. Il prit, notamment, en charge quelques lopins de terre pour y travailler. Morihei pensait qu’il existait un lien entre l’agriculture et le Budo. Effectivement, ces deux activités lui permettaient de fortifier son corps et de vivre une vie simple : c’est-à-dire une vie partagée entre l’enseignement et le travail de la terre.
 

Changement de vision


Par ailleurs, sa pratique et son enseignement des Arts Martiaux commencèrent à changer. Ainsi, ils ont un caractère de plus en plus spirituel et à force d’étudiait le Kotodama, il s’écarta de la pratique traditionnelle. Il commença alors, à développer sa propre approche qui transformait la technique en une application dans le monde visible des principes divins. Il passait la barrière entre l’esprit, l’âme et le corps. En 1922, après une visite de Maître Sokaku Takeda Sensei dans la secte d’Omoto-Kyo, ce dernier délivra à Morihei un diplôme officiel d’enseignement. Sokaku Takeda Sensei nomma également pour la première fois, le « nouveau Budo » mis en pratique par Morihei, « Aïki-Bujutsu », mais plus connu du grand public sous le nom de Ueshiba-Ryu-Aïki-Bujutsu.


L'arrestation en Mongolie


Le 13 février 1924, Morihei et Onisaburo accompagné de quelques disciples pour la Mongolie, à la recherche d’un nouveau monde qui serait un lieu sanctifié, où les grands principes seraient religieux et guidés par la lumière de l’esprit. Arrivés à destination, ils font la rencontre d’un puissant seigneur de guerre, Lu Chank Kuei. Ils uniront leurs forces afin de concrétiser ce rêve. Toutefois, ils furent manipulés par un autre seigneur de guerre et furent ainsi condamnés à mort par les troupes chinoises. Mais, au moment de leur exécution, un consul japonais réussit in extrémis à les faire rapatrier au pays. De cette manière, à la fin juin 1925, une immense foule les accueillis dès leur arrivée au port de Moji. Toutefois, plusieurs photographies, prises durant leur captivité, témoignent de leur pénible expérience.


La révélation


Durant ce voyage en Mongolie, Morihei prit conscience du changement intérieur qui s’opérait en lui. Effectivement, il avait découvert qu’il avait la capacité de percevoir l’intention de tuer de son adversaire quand ce dernier le mettait en joue. De plus, il pouvait voir des éclairs lumineux sur la trajectoire des balles.

De retour au Japon, cette étonnante capacité intuitive de Morihei ne cessa de grandir et sa manifestation spirituelle fut mise à jour à plusieurs reprises. Il reprit aussi, son mode de vie précédent : c’est-à-dire celui partagé entre le travail de la terre, notamment à la ferme Tennodaira, et celui de l’enseignement des Arts Martiaux, à l’Académie Ueshiba. Par ailleurs, il entreprit l’étude du Sojutsu (la technique de la lance) tout en continuant son étude du Kenjutsu et du Jujutsu.

Ainsi, rappelons-le, Morihei comptait parmi ses élèves en Daïto-Ryu, un bon nombre d’officiers de la marine dont notamment l’éminent amiral Seiko Asano, qui fut lui aussi un adepte de la religion Omoto-Kyo. Petit à petit, un bruit couru que Morihei accomplissait des prouesses en Arts Martiaux. Seiko Asano fit alors, auprès de ses collègues de la marine, des éloges sur Morihei et incita un autre amiral, Isamu Takeshita, à venir voir le grand maître Ueshiba à Ayabé, pour découvrir son enseignement.

L’amiral Isamu Takeshita fut tellement impressionné par Morihei qu’il fit tout son possible pour permettre à Morihei d’aller faire des démonstrations et diriger des stages à Tokyo. Ses aptitudes exceptionnelles en Jujutsu et son charisme firent de lui, un instructeur très apprécié au sein de l’élite militaire et politique de Tokyo.

En 1925, un événement vient bousculer et changer radicalement la vision qu’il avait sur les arts martiaux. Effectivement, un Maître de Kendo et officier de la marine attiré par la réputation de Morihei, décida de le défier. Morihei accepta et gagna sans grand effort le combat. Il est vrai que lors de combat, Morihei ne s’est pas vraiment battu mais, qu’en revanche l’officier ne cessait de l’attaquer sans jamais l’atteindre. A bout de force et de fatigue, l’officier de la marine abandonna. A la fin, Morihei expliqua à l’officier qu’il avait pu visualiser les trajectoires de son sabre lorsqu’il attaquait. De cette manière, il pouvait les éviter facilement avant que l’officier ne les porte.

Suite à ce combat, Morihei tout de même épuisé alla se rafraîchir près d’un de son jardin. Et à ce moment précis, il fut envahit d’une grande sérénité et d’une grande paix intérieure. C’est alors, qu’il eut l’impression d’être enveloppé, de baigner dans une lumière dorée émanant du ciel. Son esprit et son corps devenaient de l’or. Ainsi, ce fut pour lui, sa révélation personnelle sur son Art : son Satori. En effet, il comprit que la véritable force du Budo est l’amour spirituel et les différents liens qui l’unissent à l’univers. De cette manière, la vraie force de son art ne consiste pas à vaincre son adversaire par la force mais de se sentir en harmonie avec le cosmos. Il prit ainsi, conscience un par un des autres principes philosophiques qui permettront de fonder l’Aïkido. C’est à ce jour qu’il bâtit son enseignement Aïki-Budo (la voie martiale de l’Aïki). L’Aïkido est alors né !

Voici un extrait :

“Si je me souviens bien lorsque je marchais dans le jardin, je sentis subitement que l'univers tremblait et qu'un esprit doré sortit du sol, enveloppait mon corps et le changeait en un autre fait d'or.


Tokyo


L’enseignement de Morihei fut tellement réputé qu’à partir de 1926, il eut la visite de nombreuses personnalités politique, militaire et de grands Budoka. Parmi ces personnalités, l’amiral Takeshita, rappelons-le, l’avait aidé, (par de nombreuses invitations successives entre 1925 et 1927), à faire des démonstrations de son Art à Tokyo. D’ailleurs, Morihei impressionnât beaucoup de notable qu’il se vit enseigner, pendant vingt un jours, au palais du prince héritier. Ainsi, sur une nouvelle invitation de Takeshita en 1927, il décida et avec l’approbation d’Onisaburo Deguchi, de s’installer à Tokyo pour se consacrer uniquement à l’enseignement des Arts Martiaux. Il se vit donner des cours aux nobles, à des militaires de haut rang ainsi qu’à des officiers de la Garde Impériale ayant au moins un cinquième dan de Judo et de Kendo.

Au bout de deux ans, il s’installe dans une maison où il transforma une chambre en dojo faute de finance pour ouvrir une école. Ce n’est qu’en 1930, suite à une collecte de fonds, Morihei ouvert un dojo à Wakamatsu-Cho, dans le quartier de Shinjuku qu’il nommera Kobukan. Actuellement, c’est toujours là que ce trouve le siège de l’Aïkikaï. En octobre de la même année, il reçut la visite de Jigoro Kano Sensei, Maître du Kokodan, fondateur du Judo. Il fut tellement impressionné par les méthodes d’enseignements de Morihei qu’il lui confia deux de ses meilleurs élèves, Jiro Takeda et Minoru Mochizuki, afin qu’ils apprennent l’Aïkido. La même année, il devient l’instructeur à l’Académie militaire de Toyama grâce au major-général Makoto Miura, qui, venu pour le ridiculiser devient l’un de ses élèves. Parmi ces élèves, on retrouve des personnalités telles que Yoïchiro Inoue, Kenji Tomiki, Minoru Mochizuki, Tsutomo Yokawa, Shigemi Yonekawa, Rinjiro Shirata, Gozo Shioda, Isamu Fujita, Shoyo Matsui et Kaizan Nakazato.

C’est en 1931 que la construction du dojo pris fin, on pouvait y compter quatre vingt tatamis. Le dojo surnommé Kokukan pris alors le surnom de « dojo de l’enfer » (Jigoku Dojo) car la sélection pour l’entrée était très sévère et l’entraînement extrêmement dur.


De plus en plus d'adeptes


En 1932, Morihei fut promu président de la « Société de la promotion des Arts Martiaux » sous les auspices de la religion Omoto-Kyo à l’investigation d’Onisaburo Deguchi. Cette association se crée dans le but de promouvoir l’action de Morihei dans les Arts Martiaux. Des antennes de cette école sont établies dans tout le Japon et organisent des stages d’entraînement aux Arts Martiaux en parallèle avec les réunions locales de la religion Omoto-Kyo. Ce type d’organisation sera effectif de 1931 à la fin 1935, date à laquelle la religion Omoto-Kyo sera brusquement interdite par le gouvernement militaire japonais.

Entre 1939 et 1940, il fut engagé pour enseigner les Arts Martiaux dans plusieurs Académies militaires telles que l’école des officiers de Toyama, l’école d’espions de Nakano, l’école navale… En réalité, l’enseignement fut donné non pas par Morihei en personne, car son emploi du temps était surchargé, mais par des élèves avancés du Kobukan.

Durant une partie de cette période, Morihei s’employa à enseigner les techniques du Daïto-Ryu-Aïki-Jujutsu et délivra des diplômes rédigés sur des rouleaux. De plus, ses relations avec Sokaku Takeda Sensei s’étaient quelques peu détériorées et Morihei prit progressivement ses distances avec son ancien professeur. Il semble qu’il n’y eu aucune prise de contact entre eux après le milieu des années trente.


La Mandchourie


Par ailleurs, en 1939, Morihei est invité en Mandchourie pour une démonstration publique. Il y combat un lutteur de sumo, Tenryu, qu’il cloue au sol d’un seul doigt. Tenryu deviendra dès lors son élève. Il y retourna, ensuite, à plusieurs reprises, jusqu’à l’année 1942. Date à laquelle il y eu la célébration du dixième anniversaire de la création de l’état de Mandchourie. Ce jour-là, pour sa dernière démonstration dans ce pays, il la fit devant l’empereur Pu’yi. Le 30 avril 1940 le Kobukan reçu le statut officiel de « Formation reconnue par le ministère de la santé et de l’hygiène ». Et, le premier président fut Isamu Takeshita. En 1941, l’Aïki-Budo fut inclus dans le Butokukaï.



Temps de repit pour les Arts Martiaux


Toutefois, vers la fin des années trente, l'armée japonaise se trouva très impliquée dans la guerre. Ainsi, la plupart des jeunes élèves de Morihei furent enrôlés dans l'armée ce qui vidait petit à petit le Kobukan. Malgré, les bombardements Américains, le Kobukan ne fut jamais détruit. Mais, par la suite, il servit de refuge au famille dont les maisons furent détruites ce qui empêcha toute pratique de l’Aïkido.


Iwama


En 1942, après être tombé malade à la suite d'une grave affection intestinale, Morihei décida d'établir une nouvelle base de l'organisation de l'Aïkido dans la préfecture d'Ibaragi, dans le village d'Iwama, où il avait acheté des terres quelques années auparavant. Il laissa alors la charge du dojo de Wakamatsu-Cho à son fils, Kisshomaru.

Installé dans une cabane avec sa femme, Morihei travaille la terre, enseigne aux jeunes, médite et commence la construction du temple de l’Aïkido qu’il nommera Ubuya, (c’est-à-dire lieu de naissance), qui sera le cercle sacré de l’Aïkido. Il est vrai que ce dernier sera construit selon trois grands principes universels du Kotodama : le triangle, le cercle et le carré. De cette manière, le bâtiment, l’autel de l’Aïki et le Torii seront disposés de façon à suivre ces trois principes. A ce propos, Morihei avait déclaré : « Lorsque le triangle, le cercle et le carré sont réunis dans une rotation sphérique, il en résulte un état de clarté parfaite. Ceci est la base de l’Aïkido. »

Durant, ces années passées à Iwama, Morihei, avec toute la concentration possible, s'investit dans un entraînement intensif afin de pouvoir perfectionner son art martial dédié à la résolution pacifique des conflits.

A cette même époque, Morihei approfondit son étude sur le sabre, appelé en Aïkido, Aïki Ken et le bâton: Aïki Jo. Il considérait qu'il était fondamental de connaître le maniement de ces armes pour exécuter correctement les techniques à mains nues. Il élabora alors, un programme d'Aïkido complet comprenant la pratique des armes et la pratique à mains nues. De plus, il définira le concept de Takemusu Aïki, qui correspond à l'exécution spontanée d'une infinité de techniques adaptées à une attaque quelle qu'elle soit.

Pourtant, en 1946, les Etats-Unis interdisent toute pratique d’Arts Martiaux au Japon. Mais, en 1948, le Kobukai est ré ouvert avec de nouveaux statuts et renommé Aïkikaï. L’Aïkido est le premier Art Martial à pouvoir reprendre son activité grâce à son contenu pacifique. D’ailleurs, il sera reconnu par le ministère comme école d’intérêts public.


Ses innombrables voyages


Dans les années cinquante Maître Ueshiba voyagea beaucoup à travers le Japon pour répondre aux innombrables sollicitations qu'on lui adressait. Il passait aussi quelques jours par mois à Tokyo pour revenir ensuite à Iwama. Il était, à cette époque, très difficile de prévoir, d'un jour à l'autre, où se trouvait Maître Ueshiba et même de savoir quand il s’arrêterait pour diriger un cours à l'Aïkikaï de Tokyo. Beaucoup d'élèves, qui commencèrent l'entraînement après la guerre et qui eurent l'occasion de voir le fondateur enseigner ou faire des démonstrations, furent enthousiasmés par l'énergie et la beauté de ses mouvements, tout comme par son éthique des arts martiaux. Sa technique s'écoulait comme un fleuve de son esprit, sans limite, fondamentalement différente de la pratique extrêmement âpre qui mettait en évidence la force physique qui caractérisait ses jeunes années.

De plus, en 1956 l’Aïkikaï, avec l’autorisation de Morihei, effectua sa toute première représentation d’Arts Martiaux depuis la fin de la guerre. Celle-ci dura cinq jours et eut un grand retentissement auprès des dignitaires étrangers présents.


Déclin du Grand Maître


Vers la fin de sa vie, lorsque sa santé commença à se dégrader, Maître Ueshiba se déplaça moins rapidement et moins librement et, il adopta alors ses techniques en les raccourcissant. Il projetait ses élèves d'un geste rapide ou d'un petit mouvement de main et parfois sans les toucher. Cette partie de sa vie coïncide avec les débuts du développement international de l'Aïkido, par des démonstrations publiques et par la diffusion de films qui sont à l'origine de nombreux imitateurs qui n'avaient pas compris, que cet Aïkido, était une suite naturelle de ses expériences passées et le résultat de plus de soixante ans de pratique et non un commencement. Il laissa aussi, la charge complète de l’enseignement et du développement de l’Aïkido à son fils Kisshomaru.

En janvier 1960, la télévision immortalisera sa technique sur un film intitulé « Le Maître de l’Aïkido ». Il fut, la même année, honoré ainsi que Yosaburo Uno, du Shijuhosho par l’empereur Hiro Hito. Seul trois autres personnes du monde des Arts Martiaux avaient reçu cette récompense.

Le 28 février 1961, Morihei parti à Hawaï où il fit cette déclara : « Jusqu’à présent, je suis resté au Japon pour édifier un pont en or qui puisse unifier tout le Japon. Je construirai un pont d’argent à Hawaï et dans les cinq années qui viennent, je souhaite pouvoir lancer ce pont sur le monde entier pour en réunir les divers pays dans l’harmonie et l’amour que contient l’Aïkido. Je crois que Aïki (qui naît de l’étude des Arts Martiaux) peut unir les peuples et donner au monde son harmonie, dans le véritable esprit du Budo, en le baignant d’une force immuable d’Amour. »

En 1964, il reçu une nouvelle fois de la part de l’empereur Hiro Hito, une distinction spéciale pour sa contribution exceptionnelle aux Arts Martiaux.

Morihei Ueshiba, décéda le 26 avril 1969, suite à un cancer du foie. Toutefois, il reçu, le même jour, une dernière distinction à titre posthume par l’empereur Hiro Hito. Ses cendres reposent dans le temple de la famille Ueshiba, à Tanabé. Ses mèches de cheveux furent conservées comme relique sur l’autel de l’Aïki à Iwama, au cimetière familial d’Ayabé et au grand autel de Kumeno. Deux mois plus tard, sa femme, Hatsu Itogawa, meurt également. Son fils, Kisshomaru lui succéda en tant que second Doshu (ou Maître de la Voie) de l’Aïkido. Le 4 janvier 1999, son petit-fils, Moriteru devint à son tour, le troisième Doshu ainsi que le représentant officiel de l’Aïkido sur le plan international.

Au même moment mon esprit et mon corps devinrent légers, j'étais capable de comprendre le murmure des oiseaux et j'étais clairement conscient de l'esprit de Dieu, le Créateur de cet Univers.

A cet instant, je fus éclairé, la source du Budo est l'amour de Dieu, l'esprit de protection aimante pour tous les êtres. Des larmes de joie coulaient sans interruption sur mes joues.

Depuis ce temps, j'ai été amené à sentir que la terre entière est ma maison et que le soleil, la lune et les étoiles sont toutes des choses qui me sont propres. Je suis devenu libre de tout désir, non seulement du point de vue position, réputation et richesse, mais aussi de la force. “Je compris” le Budo n'est pas renverser un adversaire par la force, ni un outil pour mener la monde à la destruction par les armes. Le vrai Budo est d'accepter l'esprit de l'univers, de garder la paix du monde, de produire, protéger et cultiver correctement tous les êtres de la Nature.

Le principe fondamental de l'Art, c'est l'élévation éthique de l'idée au niveau du Cosmos ou de l'Espace. Le véritable Budo n'a rien de commun avec la puissance et la recherche morbide de pouvoirs, qui asservissent ou détruisent. Bien au contraire il doit contribuer à la canalisation et à la régulation du Ki, qui imprègne chaque individu, et permettre la transmutation de la violence en soi-même et en son prochain. L'idéal du vrai Budo réside dans la préservation de la Vie...”

Morihei UESHIBA.